Histoire de la Galerie

Fondée en 1930 par Lucie Weill et son époux Pierre-André Weill, la galerie LWS a occupé jusqu'en 2013, le 6 rue Bonaparte à Paris, dans ce quartier de la rive gauche où se croisaient alors peintres, poètes, éditeurs et collectionneurs. Dès ses débuts, elle affirme une identité singulière : celle d'un lieu attentif au dialogue entre la peinture, la gravure et la littérature, plus proche du cabinet d'amateur que de la grande galerie commerciale.

Parallèlement aux expositions, Lucie et Pierre-André Weill développent une importante activité éditoriale sous l'enseigne « Au Pont des Arts ». La galerie publie lithographies originales, livres illustrés et éditions d'art, réalisés en étroite collaboration avec les grands ateliers d'impression parisiens, au premier rang desquels les ateliers Mourlot. Cette attention portée à l'estampe, au papier et au livre d'artiste demeure l'une des marques historiques de la maison. Jean Cocteau, Hans Arp, Max Ernst, Christian Bérard comptent parmi les artistes exposés et représentés au fil de ces premières décennies. En 1967, la galerie est à l'origine de la Société des Amis de Jean Cocteau, témoignage d'une fidélité ancienne à l'œuvre de l'artiste.

Au milieu des années 1970, France Seligmann reprend la direction du lieu, qui prend alors le nom de Galerie Lucie Weill Seligmann. La programmation s'inscrit dans la continuité de l'esprit fondateur tout en s'ouvrant à de nouveaux projets éditoriaux et décoratifs. À la fin des années 1980, la galerie lance la collection « Tapis de Maîtres », consacrée à des créations originales de Miró, Calder, Arp et Léger, dans la lignée des grandes collaborations tissées autour de Marie Cuttoli.

À partir de 1993, sous l'impulsion de Charles Zalber, la galerie amorce un tournant vers la photographie. Le 6 rue Bonaparte accueille désormais des expositions consacrées à de grandes figures internationales (Gisèle Freund, Ralph Gibson, Michel Sima) affirmant une exigence du regard qui prolonge, par d'autres moyens, la tradition du beau livre et du travail sur papier. Cette fidélité à l'estampe et à l'édition ne se dément pas : en 1996, la galerie présente un ensemble de lithographies et d'eaux-fortes rares de Miquel Barceló, artiste alors au cœur de la scène parisienne.

En 2007, la galerie LWS consacre une exposition inédite aux collages de Pierrette Bloch (œuvres pour la plupart jamais montrées) réalisées entre 1953 et 1977, accompagnée de la publication du catalogue "Pierrette Bloch, Collages de 1953 à 1977" (éditions Au Pont des Arts).

Sous l'impulsion de Charles Zalber, s'ouvre en novembre 2006 au 4 rue Bonaparte un espace entièrement dédié à la photographie argentique contemporaine en noir et blanc : PHOTO4. Co-développé et dirigé par Victor Mendès, ce nouvel espace incarne une orientation différente mais complémentaire — non plus la photographie de maîtres consacrés, mais une photographie argentique exigeante, souvent méconnue du grand public, ancrée dans la tradition du tirage original et du livre de photographe. Ralph Gibson, Eikoh Hosoe, Renato d'Agostin, Koji Onaka, Sergei Izakov, Emmanuel Berry, Michel Birot y sont notamment exposés.

La galerie PHOTO4 développe par ailleurs un soutien concret aux projets éditoriaux des artistes, participant au financement d'ouvrages par l'achat en souscription — une forme d'engagement qui prolonge à sa manière la vocation éditoriale historique de la maison. À noter que pour certaines occasions ponctuelles, les galeries PHOTO4 et LWS unissaient leurs forces, accueillant des expositions communes dans les deux espaces (Ralph Gibson, Michel Birot, Rudi Weissenstein).

En 2011, Victor Mendès reprend la direction de la galerie LWS en collaboration avec Victor Secretan, tandis que PHOTO4 ferme ses portes. L'influence de ces six années de photographie argentique contemporaine se fait alors pleinement sentir dans la nouvelle programmation, mais la galerie s'ouvre plus largement encore, tissant des dialogues inédits entre photographie, dessin, estampe et installation. Des expositions comme "Fil Sensible", qui réunit dessin, gravure et installation autour d'une attention commune à la nature et au geste graphique, ou "L'autre, Le même", qui confronte la photographie d'Ezio d'Agostino au dessin et à l'installation de Vanessa Fanuele, illustrent cette volonté de décloisonner les pratiques et les regards.

Entre 2012 et 2013, plus d'une dizaine d'expositions sont ainsi présentées à la galerie LWS (Josef Schulz, Rebecca Fanuele, François Genot, Thierry Secretan, Yumiko Utsu, Mayumi Hosokura) avant que la galerie ne poursuive son activité hors les murs jusqu'à sa fermeture en 2016. Désormais, c'est à travers le conseil et l'expertise auprès d'amateurs et de collectionneurs que perdure l'esprit de la galerie LWS.

Enfin, ce site d'archives est aussi une façon singulière d'accompagner les œuvres et ceux qui les aiment, héritée de plus de huit décennies de présence au cœur de la rive gauche. Ce travail de reconstitution des archives de la galerie, toujours en cours, permet de rendre visible et accessible l'histoire d'un lieu qui aura compté durablement dans la vie artistique parisienne du XXe siècle et du début du XXIe siècle.