Il est des pratiques artistiques vouées d’emblée à une forme d’effacement — une discrétion revendiquée, à distance des régimes habituels de production esthétique.
Olivier Tomasini s’inscrit dans cette ligne. Esthète minutieux, romantique tempéré, dandy paradoxal, il choisit le noir et blanc et prend le contre-pied des formes spectaculaires en développant une œuvre intimiste, traversée par une poétique du quotidien.
Qu’il s’agisse d’un bouquet de fleurs, d’une présence humaine ou de l’aura d’objets ordinaires, ses images donnent forme à des émotions diffuses, souvent reléguées à l’arrière-plan de l’expérience.
L’ombre de Stendhal affleure, mais c’est peut-être vers Baudelaire que ce travail tend le plus nettement. Comme l’écrit Annie Ernaux : « C’est à Baudelaire que je pense, à sa conception de la Beauté comme un rêve de pierre, qui hait le mouvement qui déplace les lignes, qui jamais ne pleure ni ne rit. Il y a, dans la géométrie idéale des compositions, dans la suspension des gestes, les poses, dans ces regards tournés loin du monde ou vers l’intérieur, l’aspiration à une sorte de perfection mortelle. »