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Peintures Récentes [3]
du 13/09/2007 au 05/10/2007
L’Ecole de Paris est considérée comme éteinte depuis longtemps, et ses jours de gloire paraissent hors de propos devant le potentiel esthétique du chic d’aujourd’hui et de la publicité de demain. Pourtant cette institution surannée recèle encore des leçons d’importance à offrir à ceux qui tirent un bénéfice de la discipline de l’étude. Une telle discipline, bien entendu, se base sur un respect éclairé de la tradition, une tradition perçue en tant que véhicule d’une continuité culturelle et créative se débattant dans le chaos contemporain de l’opportunisme visuel. Pour un enseignant, la tradition est coriace et implacable. Les aptitudes qui pourront être obtenues par une étude consciencieuse ne seront ni passionnantes ni scandaleuses ni même révolutionnaires. Rien de cela. Elles seront simplement responsables, dignes, intelligibles, significatives et raffinées, et seront en conséquence débarrassées d’une dette envers les réalisations du passé sur lesquelles repose la continuité de notre civilisation.
C’est dans la complétude de cet esprit que les peintures de Gilles Roy produites en 2007 attirent notre attention. Disciplinées et sans prétention, mais imaginatives et parfaitement excécutées, ces études des techniques et matériaux de la peinture traditionnelle offrent au spectateur compétent une expérience de la réaffirmation des valeurs picturales. Cette vision nécessite, bien sûr, une innocence du regard ainsi qu’une générosité d’esprit peu communes en ces jours d’ostentation visuelle agressive. Mais une innocence et une générosité telles seront à coup sûr richement récompensées par une rare pureté dans le plaisir artistique. Et c’est précisément en prenant le pari d’un tel plaisir que les peintures de Gilles Roy courent le risque de leurs offrandes studieuses et traditionnelles.
Les préfaces de catalogues d’expositions d’art sont présomptueuses car les ressources du langage ne sont pas symbiotiques de celles du regard. On peut, il est vrai, s’aventurer dans des approximations tel Keats et son Ode sur une urne grecque, mais il s’agit là d’une création esthétique indépendante, non d’une ressemblance réciproque. Les paroles les plus appropriées ici pourraient également être empruntées à Keats : « La beauté est vérité, la vérité beauté. C’est tout ce que vous savez sur Terre. C’est tout ce qu’il faut savoir. » Ce n’est peut être pas « tout ce qu’il faut savoir », mais dans notre époque de crise artistique, nous avons vraiment à coeur de chercher une telle affirmation de valeurs spirituelles, et être « vrai » en matière de beauté pourrait être la clé pour préserver notre futur culturel. Les toiles de Gilles Roy illustrent à la perfection la permanence des critères traditionnels dans les arts visuels. La recherche de ces critères au travers de son oeuvre conduira à apprécier la très agréable justification de cette dernière.