(...) Ce que l’on voit dans les peintures de Jean-Pierre Ruel n’est jamais tout à fait ce que l’on croit.
Ces corps de géants déboussolés, de rêveurs en attente, d’animal espérant, sont des tambours, des barriques et des boîtes de Pandore comme il les a peint dans une suite de petites toiles.
On pourrait se dire que le secret est éventé. Chose mystérieuse pourtant que le rapport d’un rose fané et d’un bleu limpide, que l’accident d’un pinceau entraînant un orangé minimum dans les fragments en mosaïques de tons juxtaposés. Tous les chocs, tous les hasards et les subtiles rencontres sont visibles. Mieux, exulté, tout est plein de tempêtes et de chemins, tout avoue une ripaille et un rapport cannibale à la forme protectrice. Parfois ouverts, parfois opaques, ces corps sont des lieux, et ces paysages des chairs, où palpitent partout, entre le contour et la peinture, entre l’habit et l’âme gargouillante, entre l’image et le destin, un trouble raffiné, une vie et une croyance ambiguës...