Leurs images nous hantent. A pied, dans des bateaux de fortune, dans les soutes d'un avion, à toute force, ils tentent de fuir la misère, la faim, la privation de liberté. Ces hommes, ces femmes, ces enfants parfois, Isabelle Taourel n'a pas choisi de nous les montrer.
Renouant avec une grande tradition picturale, elle a simplement voulu suggérer les paysages de l'Exil. Pas une forme humaine dans ces espaces infinis, aucun signe de vie, rien si ce n'est des chemins qui semblent mener vers des horizons incertains. Sont- ce des déserts ? Des plaines immenses ? Peu importe, ici ce sont les paysages qui disent les hommes, leurs drames, leurs errances. Il y a chez Isabelle Taourel un remarquable art des lignes, lignes de front s'entend, qui ne peuvent se résoudre à dessiner de véritables perspectives. Les horizons, fussent-ils infinis, apparaissent comme bouchés, incapables de proposer aux errants de passage le moindre espoir de vie nouvelle.
Ici, l'art du paysage, de la suggestion du paysage devrait-on dire, ne peut se concevoir sans référence à l'art de la parole, à certains discours. L'absence d'humanité, l'inhumanité même de ces oeuvres, renvoient à notre indifférence, à notre incapacité à vouloir voir et entendre la détresse de ces hommes, nos semblables.
Le paysage, dit-on, naît d'une distanciation. De soi à l'espace. En artiste, mais aussi en grande cadreuse, Isabelle Taourel nous offre le recul nécessaire, la juste distance qui nous permettent, à nous spectateurs-citoyens, d'être interpellés par l'extraordinaire aridité de ses visions. Ainsi donc, le paysage peut-il être source d'engagement.
commissariat : Nina Beskow
tags : Photographie , Dessin , Estampe