À partir d’une exposition collective autour du thème de l’eau, à laquelle ont participé cinq photographes japonaises — Asako Narahashi, Rinko Kawauchi, Lieko Shiga, Yumiko Utsu et Mayumi Hosokura — jusqu’à Natures, un dialogue métaphorique s’est instauré entre deux des photographes contemporaines les plus intéressantes du Japon.
Les recherches des deux artistes échappent à toute démarche documentaire : leurs photographies ne rendent pas compte du réel, mais s’imposent comme un véritable moyen de création, voire de narration. D’une part, le travail de Yumiko Utsu définit les frontières de mondes nouveaux, attestant de leur existence et de leur permanence. D’autre part, celui de Mayumi Hosokura appelle à un prolongement des sens et ouvre un dialogue avec le monde ; il constitue la transcription et l’abstraction de paysages émotionnels et spirituels.
Yumiko Utsu est une photographe visionnaire, capable de projeter le spectateur dans des scènes surpeuplées où cohabitent attraction et répulsion. Poissons, denrées alimentaires, poupées, tissus et gravures désuètes alimentent ses images et leur confèrent un contenu inattendu. Ces éléments familiers, sortis de leur contexte et détournés, se voient attribuer des rôles inhabituels dans des mises en scène à la fois ludiques et profanatoires.
Leur accumulation trace un chemin, comme un itinéraire centrifuge né de l’imaginaire de l’artiste, avec une liberté dépassant largement les limites explorées par les Dadaïstes. Il en résulte un sentiment mêlé de familiarité, de déconnexion et d’ouverture. Arraché à son contexte initial, le familier nous entraîne dans des mondes surréels et ambigus, dans un voyage à travers un univers fantastique peuplé de créatures issues d’une arche inédite : Out of Ark.
Les thèmes de prédilection de Mayumi Hosokura s’inscrivent dans la photographie contemporaine, et plus particulièrement dans une approche de l’intime, subjective et hédoniste, à la fois sensuelle et profondément liée à la nature. Son travail révèle une sensibilité matérielle et chromatique marquée, en résonance avec le caractère immédiat et délicat propre à de nombreux photographes japonais contemporains.
Le thème sous-jacent de la série Kazan, projet développé sur plusieurs années et publié dans un ouvrage éponyme, repose sur une tension constante entre les éléments de la vie et ceux de la nature : l’éphémère de la jeunesse, du jeu et des relations, face à la permanence des minéraux et du végétal.
Les images de Mayumi Hosokura, à la fois évocatrices et sensibles, instaurent un équilibre subtil entre hasard et mise en scène, spontanéité et construction. Par une recherche formelle et chromatique exigeante, elles agissent comme un appel à la perception et à l’imaginaire, guidant le regard du réel vers l’intangible.
L’exposition collective Mizu no Oto – Sound of Water* a été organisée en collaboration avec le Fotografia – Festival Internazionale di Roma 2011, G/P Gallery, la Galerie Priska Pasquer et 3/3.
3/3 a été fondée à Rome par Chiara Capodici et Fiorenza Pinna. Depuis 2009, la structure a organisé de nombreuses expositions et publications, notamment autour des travaux de Marco Lachi, Fabio Barile et Penny Klepuszewska. Elle a également mis en place des ateliers avec Rinko Kawauchi, Anouk Kruithof, Rob Hornstra et Joachim Schmid.
3/3 a présenté la première exposition personnelle de Joel Sternfeld en Italie et développé des projets in situ tels que The Sochi Project à Rome et Temporary? Landscapes à L’Aquila. En 2010, elle lance Little Big Press, un projet consacré aux livres de photographie indépendants, comprenant une exposition annuelle, une bibliothèque et une librairie itinérante.
À l’occasion du Fotografia – Festival Internazionale di Roma 2011, 3/3 a présenté l’exposition Mizu no Oto – Sound of Water ainsi qu’une journée dédiée aux livres photographiques japonais. 3/3 est également en charge de l’iconographie du magazine culturel Lazlo.
commissariat : 3/3 (Chiara Capodici et Fiorenza Pinna)