Rassembler François Génot, Muriel Moreau et Line Orcière dans une même exposition était une évidence. Vivant et travaillant dans des régions éloignées les unes des autres, ayant étudié dans des écoles différentes, ces jeunes artistes ne s’étaient pas encore rencontrés. Toutefois, leurs œuvres suivent le fil de sensibilités voisines, constamment cultivées au contact de la nature, puis affinées et acérées dans la pratique du dessin.
Chacun de ces artistes développe une technique singulière : François Génot travaille notamment le fusain en très grand format ; Muriel Moreau pratique la gravure, qu’elle associe à d’autres techniques ; Line Orcière réalise sur toile de grands dessins minutieusement détaillés au stylo bille. Tous trois font du travail graphique les cordes d’un instrument qu’il s’agit de laisser vibrer.
Les taillis, fourrés ou friches de François Génot s’emparent des murs de la galerie comme la végétation d’une zone délaissée. Tous bruissants de la vie qui s’installe en eux, ils invitent à s’immerger dans l’espace qui se forme entre les branches et à écouter leur respiration.
Ses œuvres, notamment Les 54 Hypothèses de la Fonte du Glacier du Saint Gothard, scandent l’espace en projections mentales à la fois insouciantes et impitoyables sur l’évolution de la nature.
Alternant comme un rythme vital les tons « sève » et « cendre », Muriel Moreau développe un travail aérien, presque volatil.
Dans les Échappées d’âme, une végétation moussue laisse apparaître les subtilités de notre propre sensibilité. Les polyptyques intitulés Alma cartographient les mouvements sismographiques, les sillons et constellations de nos espaces intérieurs et extérieurs.
Les Arbol, qui stylisent la coupe d’un tronc, recentrent puissamment le regard au cœur de leurs cernes.
Les dessins raffinés et cruels de Line Orcière nous font toucher le pelage tiède et frémissant des bêtes, leur plumage lisse ou hérissé.
Comme un cri strident dans une campagne couverte de neige, ces animaux surgissent dans le vaste espace et brisent la surface de la toile par leur présence : rythmes fluides, grâce pure, sauvagerie brute, élans imprévisibles.
Ils deviennent les emblèmes ardents et sans fard des forces qui nous animent.