Brouillards

du 05/01/2008 au 05/02/2008

Zarko-Vijatovic-Zagreb-Sava-III-2007-exposition2008-galerieLWS

(...) Je crois que, avec ses brouillards, Vijatovic nous montre que la photographie qui en fixe le moment est la métaphore la plus juste de la situation du photographe. En effet, même en studio après une longue séance de pose où tout a été calculé, durant l’instant du clic, ce fatal 1/30e de seconde, le photographe ne voit pas ce qu’il photographie. De ce point de vue, au moment du déclenchement de l’obturateur, le photographe est dans le brouillard, aveugle. Non seulement l’essence du perçu se donne à travers des aspects partiels, changeants et imparfaits en lesquels la chose à la fois s’annonce et se dissimule, mais davantage encore, ici, dans le flux du temps, cet arrêt sur image n’est pas perçu par l’opérateur. Roland Barthes notait dans un essai fameux : « Le nom du noème de la photographie sera donc : ça-a-été. » Oui, la photo nous dit bien que « cela que je vois s’est trouvé là, dans ce lieu qui s’étend entre l’infini et le sujet » 3, mais elle nous montre aussi que si cela a été tel, cela n’a jamais été tel pour personne, ni pour le photographe ni pour le sujet, toujours surpris. L’intentionnalité photographique vise une réalité qui échappe à celui qui la saisit. Dans l’acte, en fait, cela n’a été tel que pour la photographie elle-même. On ne peut le voir qu’après son développement. Et encore, celui qui la regarde va l’intégrer à son propre flux mental. Souvent, il ne la voit pas, ou s’il la regarde vraiment, il ne voit pas ce qu’elle montre. En l’occurrence, chez Vijatovic, une pratique de la photographie qui est également une théorie de la perception photographique...

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