On dit d’Atlas, titan mythologique, qu’il porte le monde sur ses épaules depuis la nuit des temps et pour l’éternité. Le dos courbé sous la voûte céleste, il regarde la Terre et les hommes d’un œil panoptique.
Recueil de savoirs typologiques et sémiologiques, l’atlas fournit toutes sortes de représentations imagées : cartographies, conceptions politiques et idéologiques d’une société ou d’une culture. L’atlas exprime un point de vue, il délimite, crée des catégories et définit des territoires.
Cette exposition regroupe neuf photographes contemporains autour d’un thème — le paysage — et d’un sujet : nos sociétés post-industrielles en mutation. Ce qui les réunit est leur capacité à interroger notre perception du paysage et leur contribution au renouvellement du genre.
Parmi les artistes présentés, certains sont issus de grandes écoles d’art — l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf, l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, l’École nationale des Beaux-Arts de Paris, la School of Visual Arts de New York — tandis que d’autres sont autodidactes.
Olivier Cablat, Ezio D’Agostino, Hannah Darabi et Domingo Milella débutent leur carrière, tandis que d’autres sont déjà internationalement reconnus : Philippe Chancel, Aymeric Fouquez, Taiji Matsue, Josef Schulz et Éric Tabuchi.
Le paysage est un motif fondamental de l’histoire de la photographie depuis son origine. Un point de référence majeur dans la chronologie contemporaine est l’exposition New Topographics organisée par William Jenkins en 1975, qui annonçait un renouveau du genre documentaire avec des artistes tels que Stephen Shore, Lewis Baltz, Bernd et Hilla Becher ou Robert Adams.
« Ces photographies ont été dépouillées de toutes fioritures artistiques et réduites à un état essentiellement topographique, transportant d’importantes quantités d’informations visuelles, mais s’éloignant des notions de beauté, d’émotion et d’opinion propres à l’art », écrivait Jenkins.
Le noir et blanc, le minimalisme, la série, l’objectivité des images et une certaine « absence de style » introduisaient alors une nouvelle esthétique du paysage photographié, destinée à documenter le monde industrialisé du siècle passé.
L’*Atlas* proposé en 2012 redistribue les cartes. Ces artistes — allemands, italiens, iraniens, français, japonais — présentés par la galerie LWS incarnent une nouvelle vague.
Sans trahir l’héritage des New Topographics — approche typologique, importance des signes visuels, sérialité — ils continuent de documenter le passage à une ère post-industrielle, tout en intégrant la couleur, des points de vue frontaux ou aériens, et une attention au détail qui dépasse la seule forme.
De Val Camonica en Italie à Dubaï aux Émirats arabes unis, des cimetières du nord de la France aux zones périurbaines de Camargue, des panneaux publicitaires américains des années 1960 aux arrière-camions qui traversent l’Europe, ces images montrent des sociétés en transformation, parfois brutale, parfois lente, en déclin ou en attente.
Ces artistes, tout en poursuivant une photographie documentaire dite « tranquille », s’émancipent progressivement du genre en intégrant des approches issues de l’art contemporain. En se détournant de l’événement, du sensationnel et de l’action, ils révèlent l’artifice.
En mettant au jour les strates successives des activités humaines, ils exhument les différentes temporalités d’un territoire. Ils tracent une ligne d’horizon pour les années 2000 et composent un atlas du monde post-industriel construit sur ses propres restes.
Se pose alors la question de l’identité des lieux et du sentiment d’appartenance. C’est le rapport au paysage et la place du spectateur qui sont ici interrogés. Les points de vue critiques de ces artistes révèlent, non sans humour et ironie, la dualité de l’activité humaine sur le territoire.
Si traditionnellement la constitution d’un atlas revient à l’archéologue, à l’historien ou au sociologue, ces écritures photographiques proposent une autre lecture : une nouvelle génération d’artistes compose, avec son temps, les planches d’un atlas contemporain.
commissariat : Valentine Guillien, Sebastian Hau, Victor Secretan